Quand Mark Carney contredit Mark Carney

En quelques semaines, les libéraux ont annulé les maigres progrès environnementaux qu’eux-mêmes avaient préalablement achevés au cours des dix dernières années : abolition de la tarification du carbone, approbation de deux projets de gaz naturel liquéfié, fin des incitatifs pour les véhicules électriques, fin des prêts sans intérêts pour les rénovations écologiques, loi visant à contourner nos lois environnementales pour approuver des projets dits « d’intérêt national », et la liste s’allonge de semaine en semaine, un recul en environnement n’attendant pas l’autre…

Les libéraux devraient relire le discours de leur chef de 2015, de même que son livre.

De plus, les libéraux ouvrent la porte à de nouveaux oléoducs et confient la nouvelle agence de gestion de ces projets à l’ex-directrice générale du pipeline Trans Mountain, fiasco écologique et financier notoire, alors même qu’en 2024, les dommages assurables liés aux changements climatiques ont atteint 8,5 milliards de dollars, un record.

« Effets catastrophiques du changement climatique »

Pourtant, le changement climatique constitue, selon le premier ministre Mark Carney lui-même, « l’ultime trahison envers l’équité intergénérationnelle. Il impose d’immenses coûts aux prochaines générations […] ». Tel s’exprimait le premier ministre dans son livre publié en 2021.

En 2015, devant les magnats de la finance mondiale, il affirmait : « Nous n’avons pas besoin d’une armée d’actuaires pour nous dire que les effets catastrophiques du changement climatique se feront sentir au-delà des horizons traditionnels […], imposant aux générations futures un coût que la génération actuelle n’a aucun intérêt direct à régler. »

Occasion d’investir

Dix ans plus tard, les libéraux de Mark Carney sont à la tête d’un gouvernement du G7, disposant de leviers pour orienter nos investissements vers des secteurs d’avenir. Or, leurs décisions actuelles sont à l’opposé des mises en garde d’hier de M. Carney.

Pendant ce temps, les cinq plus grandes banques canadiennes ont investi plus de 1200 milliards de dollars dans les énergies fossiles depuis 2015 — près de dix fois le budget annuel du Québec. Rien qu’en 2023, elles y ont injecté plus de 200 milliards, soit 18,3 % de leur portefeuille de prêts.

Les occasions d’investir dans les secteurs d’avenir existent en abondance, mais Ottawa n’impose toujours pas aux institutions financières de se conformer à des plans de transition compatibles avec l’Accord de Paris.

Amnésie politique

Les libéraux de Mark Carney devraient relire le discours de leur chef de 2015, de même que son livre, et se rappeler qu’ils n’ont pas été élus par les marchés financiers, mais par des citoyens qui comptent sur le gouvernement pour protéger leur avenir. S’ils persistent dans leur amnésie politique, ils trouveront sur leur chemin un bataillon bloquiste prêt à leur rappeler leurs responsabilités.

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